La foi et la culture - Pawel JOCZ (15/01/2000)
LA FOI ET LA CULTURE

 

L'homme, à la recherche du paradis, de la chaleur humaine et de l'amour, a été contraint de trouver le chemin qui lui garantirait le sentiment de sa propre valeur. Dans se quête, il baptisa « la foi » l'omniprésence d'un mystère. Ainsi, la culture devint un élément constitutif de la foi religieuse. Car il existe quelque chose de mystérieux dans la condition de l'artiste et de tout autre individu, créateur d'une culture, dans leur confrontation avec le matériau dans lequel, grâce à leur intelligence, ils lui insufflent la vie.

Bien des fois, le produit de sa création dépasse le créateur lui-même car, pour seule preuve de la création de son œuvre, il dispose de ce qui lui est donné à voir et à connaître. Par conséquent, l'artiste constate que ce qu'il venait de créer, commence à vibrer de sa propre vie. A vrai dire, j'ignore à quel moment de mon travail de sculpteur surgit cette vie mystérieuse, c'est-à-dire à partir de quel moment précis, mon œuvre commence à vivre de sa propre vie et d'une façon autonome. Cette question me paraît fort intéressante, car toute œuvre issue de l'homme, tout en étant vivante, se démarque de lui.

La culture embrasse toute notre vie : de la culture de la terre jusqu'à la conquête de l'espace. Il en est ainsi parce que l'individu, au fond de son cœur, se réfère à une force qui lui est inconnue et qu'il voudrait atteindre. Cela fait partie de son cheminement.

Tout le long de notre vie, nous portons l'empreinte de la chaleur de la main maternelle. Et ce message constitue un élément de la culture qui, dans la quête de l'homme, représente une lointaine croyance. Certes, l'homme s'en approche ou s'en éloigne, il la désire et il la recherche. Elle fait partie de l'esprit ou de la conscience. La culture spirituelle n'est rien d'autre que le sentiment de la place qu'est la nôtre dans l'espace humain qui est l'espace des besoins essentiels de l'homme tels que cultiver la terre ou préparer la nourriture.

Tout cela est nécessaire pour sentir l'omniprésence du mystère divin. Ce n'est pas par hasard si l'espace de la culture humaine commença dans la crainte de Dieu, là, où le mystère et les nuages traçaient le chemin à emprunter ; où tout commença par le culte de la fécondité et les louanges de Dieu.

Toute la culture spirituelle prend ses sources dans la quête du divin. Depuis toujours, l'Église accompagne le développement spirituel des sociétés. Cependant elle a souvent oublié qu'elle ne pouvait se passer d'individus.


Le plus important est le dialogue entre la foi et la culture. Il sera fondamental pour le Nouveau Millénaire. Pendant deux mille ans, la chrétienté versait son sang au nom de la foi et ce sacrifice se situe à l'origine de notre civilisation.

Je partage entièrement l'opinion d'André Malraux qui disaient que le XXIème siècle serait un siècle de spiritualité. Il sera spirituel à travers le dialogue avec la culture qui ne saurait exister toute seule.

De même, la foi n'est pas strictement réservée aux théologiens qui, par ailleurs, devraient être des initiateurs de la renaissance de la foi et de la culture. La décadence n'est rien d'autre que l'enfermement dans les schémas et, par conséquent, le renoncement à la culture.

La culture refuse toute schématisation et les raccourcis, elle a besoin de chercher et d'appréhender l'Omniprésent.


Paris, le 15 janvier 2000

Pawel JOCZ

Traduit du polonais par Ewa Pawlikowska