Homo Viator

Homo Viator - Pawel Jocz

 

L'homme et le temps, l'existence et la mort, l'espace illimité et le mystère de la vie, la face humaine qui change sans cesse et un seul visage en apparence et cependant plusieurs, mais en même temps un dessin précis ou une sculpture d'un homme, d'une femme, de l'un de nous, de nous-mêmes...


Aujourd'hui, où comptent avant tout les émotions, où l'on prend la partie pour le tout, où le chaos semble un principe et où le vécu est devenu plus important que le cosmos, qu'être dans le monde, qu'exister, Pawel Jocz trace obstinément les lignes de la vie. Aujourd'hui, où le désespoir et le pseudo-optimisme deviennent une réponse, où la souffrance est à  peine une décoration et où les malheurs qui s'abattent sur l'homme ont pour explication l'indifférence divine, Pawel Jocz touche le tissu le plus sensible, pénètre dans l'enveloppe corporelle et va plus loin, plus profond...


Ce ne sont pas ses personnages qui sont déchirés, mais le ciel. Non le regard ni les traits du visage qui sont imprécis, mais ce qui nous entoure.
Non la bouche qui est muette, mais les rues, les maisons, les murs de nos appartements.

Il est facile, lorsqu'on regarde les portraits de Pawel Jocz, de céder à l'illusion qu'on doit soi-même.
« Écrire quelques mots », « ajouter » ses émotions, écouter son coeur plutôt que la raison, rassembler des pensées chaotiques..

ses visages se dévoilent dans le silence, la solitude. Dessinateur ou sculpteur, il ne déconstruit pas, ne massacre pas l’image, mais tente d’unifier, de montrer l’homme tel qu’il est à l’extérieur et  à l’intérieur, tel qu’il est et tel qu’il peut être, les choix qu’il fait, comment il s’agite ou se retrouve, hait et aime, tombe et se relève, vit et meurt, quelle trace il laisse.
regardant les portraits de Pawel Jocz, on ne doit pas s’abandonner à leur force d’expression mais à la puissance puisée dans la matière et l’esprit. Il faut comme dieu, après avoir modelé Adam avec la poussière de la terre  et Ève avec un de ses os, leur insuffler la vie, il faut les voir dans l’espace et dans le temps, les situer dans l’histoire, dans l’expérience collective et individuelle.


Le lieu d’où nous regardons l’homme (et aussi nousmêmes) n’est pas l’eden. C’est pourquoi il ne faut pas non plus en vouloir à l’artiste d’unir dans son Art ce qui est primordial et, en un sens, parfait et ce qui est secondaire, déficient, humain, en même temps qu’universel.

L’universum de Pawel Jocz est l’homme, homo viator.


MarekWittbrot, Paris 1998

 

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